Une vente signée un lundi matin
La signature a eu lieu chez un notaire de la place Darcy, le lundi 28 septembre à 10h40. Trois acheteurs se sont présentés, deux ont déposé une offre, et la seconde a été retenue pour 412 000 euros, frais compris. Le bien comprend l'atelier, une courette de 60 mètres carrés et un logement de deux pièces à l'étage, occupé jusqu'en juin par un ancien menuisier aujourd'hui retraité. Le bâtiment appartient depuis 1974 à la même famille, qui l'avait mis en vente en avril 2025 après le décès du dernier exploitant.
Personne n'a voulu confirmer l'identité de l'acquéreur. Le registre des mutations reste consultable en mairie annexe, mais il faut y venir aux heures d'ouverture, entre 8h45 et 12h15, et la copie coûte 4 euros. Deux voisins ont fait la démarche.
Ce que la rue a perdu en dix ans
La rue de Mirande comptait encore quatre menuisiers en 2014. Il n'en reste aucun.
Le départ de l'atelier Chanoine en 2019 avait déjà vidé la cour de ses allers-retours de camionnette, et la fermeture du pressing au numéro 9, en mars 2023, a fini de couper le trottoir en deux. Aujourd'hui, sur les 38 logements que compte la portion entre la rue de la Houblonnière et le boulevard Voltaire, onze sont occupés par des locataires de plus de 70 ans, selon le relevé que tient l'association de quartier. Celle-ci se réunit chaque premier mardi du mois, à 18h30, dans la salle prêtée par l'école élémentaire Champollion.
Sébastien Fournier, qui a grandi au 6 de la même rue, décrit une artère qui vit surtout le matin. Les camions de livraison passent avant 9h. Ensuite, plus grand-chose.
Un permis, trois scénarios, aucune certitude
Tant qu'aucune demande de permis de construire n'est déposée, le quartier navigue à vue. Le délai d'instruction pour une déclaration préalable tourne autour d'un mois, deux à trois mois s'il faut un permis complet. La direction de l'urbanisme de la ville annonce 214 demandes déposées sur le secteur depuis janvier, dont 31 concernant des changements de destination d'anciens locaux d'activité.
Trois hypothèses circulent. La première : une division en quatre logements, du studio au trois-pièces. La deuxième : un plateau de bureaux pour une petite structure, ce que la hauteur sous plafond de 4,60 mètres rend plausible. La troisième, la plus discutée : une revente en l'état, sans travaux, avec une plus-value à la clé. Aucune ne s'appuie sur un document public.
Aurélie Richard, qui tient l'accueil d'un atelier voisin, a compté les visites techniques : quatre en trois semaines. Des gens avec des mètres laser et des dossiers sous le bras.
Le loyer, question plus sensible que les murs
Le marché locatif du secteur donne le ton. Un deux-pièces de 46 mètres carrés rue de Mirande s'est reloué en juillet à 615 euros hors charges, contre 540 euros en 2021 pour une surface comparable. La moyenne des annonces sur Montchapet tourne autour de 13,20 euros le mètre carré, un chiffre que la rue dépasse rarement parce que les immeubles y sont anciens et mal isolés.
Si l'atelier devient du logement, l'effet sur les loyers du bas de rue sera lent et diffus. Rien ne garantit qu'un logement neuf tire les autres vers le haut, mais rien ne l'empêche non plus. Sur les 31 changements de destination instruits depuis janvier, 19 ont abouti à des logements, et 12 à des locaux professionnels.
Guillaume Martin, qui établit des devis pour un atelier du faubourg, estime qu'un chantier d'aménagement intérieur de 780 mètres carrés, avec planchers à reprendre et réseau à refaire, dépasse rarement 900 euros le mètre carré. Il parle d'expérience, pas d'engagement.
Ce qui se décidera en mairie
Le dossier passera d'abord par le guichet unique, puis par la commission d'urbanisme, qui siège le deuxième jeudi du mois. Les riverains peuvent consulter l'affichage en façade pendant deux mois à compter du dépôt. Passé ce délai, les recours contentieux restent ouverts, mais ils coûtent du temps et de l'argent.
Pour l'instant, la seule trace visible du changement est un panneau « à vendre » décroché et posé contre le mur intérieur de la cour. Le portail reste fermé. La boîte aux lettres du 14 a été retirée le 29 septembre.