La dalle du 29 juillet
La machine est arrivée à 7h40, un mercredi. Elle a travaillé jusqu'à 16h15.
Personne n'a vu d'arrêté sur la grille.
La dalle couvre 42 mètres carrés entre le 14 et le 22 de la rue de la Corroierie, monte à 2,10 mètres côté cour, bloque le jour au rez-de-chaussée de quatre appartements, et Sébastien Fournier, qui achète le bois pour notre atelier et habite au 18 depuis onze ans, a compté six logements privés de leur accès direct, dont deux occupés par des personnes de plus de 75 ans, plus un passage de 88 centimètres de large éclairé par une ampoule de 15 watts.
Aucun courrier individuel n'a été envoyé. Une réunion s'est tenue le 3 juin à la salle Devosge avec le bailleur. Elle portait sur les colonnes d'eaux usées, pas sur la dalle, selon trois personnes présentes. Le promoteur affirme avoir affiché un permis du 12 mai au 11 juillet. Le service urbanisme confirme : panneau posé le 13 mai sur la façade du 22, à 3,40 mètres du sol. Il annonçait une modification de clôture. Pas une dalle de 42 mètres carrés.
Le permis, la clôture et le PLU
Le dossier déposé en mairie porte la référence 21-0437. Il décrit une reprise de clôture et un local technique de 9 mètres carrés. La dalle fait 42 mètres carrés au sol, pour 1,60 à 2,10 mètres de haut. On est loin du local technique.
Aurélie Richard, qui tient l'accueil chez nous, a relu le règlement du plan local d'urbanisme de Dijon métropole : la bande des 15 mètres le long de la rue est classée en espace libre à préserver au titre de l'article 4,7, et une dalle de cette taille n'y est pas prévue.
Dijon Habitat possède le 16 et le 20. Le bailleur a répondu le 6 août par un courrier de deux pages : la dalle aurait été coulée à la demande d'un locataire commercial, pour protéger un local de stockage des infiltrations, et il ne serait pas maître d'ouvrage. Il renvoie vers le syndic. Le syndic renvoie vers la mairie.
Contactée le 7 août, la mairie indique qu'un agent est venu le 5 août, qu'il a relevé une différence entre le permis affiché et l'ouvrage, et qu'un rapport partira au parquet dans les semaines qui viennent.
Nous n'avons pas vu ce rapport.
Ce que ça change au quotidien
La cour arrière servait de séchoir, de coin repas l'été, de passage pour les vélos. Un mur plein la coupe en deux, sans porte.
Les poubelles du 18 sortent par la rue, à 4,20 mètres de la porte, sur un trottoir de 1,25 mètre ; une habitante du 20, 78 ans, a renoncé à descendre ses bacs depuis le 2 août et paie 12 euros par mois à un voisin, tandis que deux foyers ont acheté des bacs de 30 litres au lieu de 80.
La chaleur est l'autre sujet. La dalle renvoie le soleil sur la façade nord du 14, qui prenait l'ombre l'après-midi.
Un riverain a relevé 34,6 °C, 35,1 °C et 34,2 °C sur cette pierre les 5, 6 et 7 août à 15h00, contre 28,9 °C sur la façade équivalente du 12. La différence ne se discute pas.
Le chantier a occupé quatre places pendant trente et un jours, du 1er au 31 juillet, dont trois réservées aux personnes à mobilité réduite entre le 14 et le 22, non rétablies depuis le 4 août faute de marquage au sol refait.
Une mobilisation qui s'organise
Le 8 août, à 18h30, vingt-sept personnes se sont réunies dans la cour du 18. Elles ont voté à main levée, vingt-deux pour, trois contre, deux abstentions, la rédaction d'un recours gracieux demandant la démolition partielle de la dalle. Le dépôt doit intervenir avant le 15 septembre.
Guillaume Martin, qui établit les devis chez nous, a proposé de préparer des plans cotés à partir des relevés pris sur place. Il a mesuré la dalle, le passage, les hauteurs. Ce travail ira au dossier.
Une pétition papier circule, avec 119 signatures au 9 août, dont 31 venues de la rue Berbisey et de la rue Claude-Ramey.
Le collectif demande la démolition de la partie qui dépasse 60 centimètres, le rétablissement des trois places réservées avec marquage, et la communication du rapport de visite du 5 août.
Deux élus de quartier sont venus. L'un propose une médiation avec le bailleur avant l'audience. L'autre veut inscrire le sujet au conseil de quartier des Blancs, le 24 septembre à 18h30, maison de quartier, 11 rue de la Corroierie.
Ce qui reste en suspens
Le calendrier n'est pas fixé. Le rapport doit partir au parquet. Ensuite, la direction départementale des territoires donnera un avis sur la conformité au permis. Rien ne dit qu'une démolition sera ordonnée avant l'hiver.
Un riverain du 22 a déposé un recours devant le tribunal administratif de Dijon le 1er août, pour demander la suspension du permis modificatif et la communication de l'entier dossier ; il n'a pas pris d'avocat et l'audience n'est pas programmée.
Le local commercial qui a demandé la dalle reste ouvert. Il vend du matériel de plomberie depuis 2019.
Son gérant, contacté le 10 août, n'a pas répondu. Il a écrit qu'il n'était pas maître d'ouvrage.
Chez nous, la question n'est pas technique. Nous travaillons le bois, pas le béton, et nous ne toucherons pas à cet ouvrage, ni pour le consolider, ni pour le percer. Ce que nous pouvons faire, c'est mesurer, coter, et aider les riverains à présenter un dossier lisible. Le reste appartient à la mairie et au juge.